2026

“L’enjeu de souveraineté ce n’est pas de tout rapatrier, mais de diversifier ses approvisionnements.”

Par Anne Crépin, Directrice crédit export

Transition énergétique, défense, réindustrialisation, santé, infrastructures, numérique : jamais les besoins en investissements n’auront été aussi nombreux et stratégiques pour notre avenir. Une situation qui n’est pas sans risques : ne pas investir aujourd’hui, c’est être potentiellement dépendant demain. Encore plus lorsque cette exigence d’investissement intervient au moment même où les marges de manœuvre financières sont contraintes, voire limitées : la dette publique française a atteint 119% du PIB[1] à la fin du deuxième trimestre 2026, les tensions liées à l’inflation ont conduit la Banque centrale européenne à relever ses taux directeurs[2] …  Ces données, si elles n’impactent pas la nature des investissements à réaliser, les rendent plus complexes.

La question n’est donc plus seulement dans quoi devons-nous investir, mais plutôt avons-nous les moyens de le faire ? Sommes-nous en mesure de financer notre souveraineté ?

Le financement : un des piliers de la souveraineté ?

Oui, la souveraineté est aussi une question financière. Cela ne signifie pas pour autant de tout produire ou financer soi-même, ni de s’affranchir de certaines interdépendances. La souveraineté implique au contraire une capacité à faire des choix, notamment pour mobiliser les ressources nécessaires au financement d’infrastructures, au soutien à des filières stratégiques, à l’accompagnement des transformations d’un pays, d’une économie, d’un territoire.

Car c’est bien dans les territoires que cette réalité prend forme : un hôpital qui doit être modernisé, un réseau d’eau à renouveler, un centre-ville à revitaliser, des bâtiments scolaires à adapter au changement climatique. Ces projets présentent bien souvent deux spécificités : des besoins de financements importants, des horizons parfois très longs. Parvenir à maintenir une capacité de financement permet aux territoires de répondre à leurs besoins essentiels. Cela ne veut pas dire qu’une filière industrielle ou technologique peut être mature et souveraine uniquement grâce à sa capacité à se financer. En revanche, en son absence, c’est son maintien ou son développement qui est en danger.

C’est une des forces du financement long terme : disposer de ressources dans la durée et donner de la visibilité aux investisseurs pour des projets dont les retombées auront lieu parfois dans plusieurs décennies. Mais pour disposer de ressources suffisantes et compétitives, encore faut-il pouvoir accéder à des marchés financiers profonds et s’appuyer sur une base d’investisseurs large et diversifiée.

Le choix de la diversification est un choix de souveraineté

Il est une réalité que nous devons rappeler : notre capacité de financement est possible parce que nous avons recours à des investisseurs étrangers, européens et internationaux. Mobiliser l’épargne étrangère au soutien de l’économie française et des territoires est une force assumée, une dépendance choisie. Elle est le fruit de plusieurs signaux forts : une signature et la solidité du modèle Sfil, la capacité de nos produits à correspondre aux attentes des investisseurs internationaux. Ne pas dépendre d’une seule catégorie d’investisseurs ou d’un seul marché nous permet aujourd’hui de disposer de conditions de financement compétitives et donc d’être plus performants.

Autrement dit, la souveraineté financière n’est pas synonyme de repli sur soi, mais de capacité à être maître de ses propres choix pour préserver notre capacité d’action. Et c’est bien cette logique que nous mettons en œuvre chez Sfil. Au premier semestre 2026, nous avons levé pas moins de 7,5 milliards d’euros[3] sur les marchés financiers internationaux, sur une maturité moyenne de 8,6 ans, à des conditions équivalentes à celles de l’État français. Des ressources qui sont directement injectées dans l’économie réelle, au service des collectivités locales, des établissements publics de santé ou des grands contrats à l’export.

Financer la souveraineté française peut se faire au-delà de nos frontières

Encore un paradoxe : la souveraineté d’un pays ne s’arrête pas à ses propres frontières. Il est tentant pourtant de le penser. Mais en réalité, soutenir une filière stratégique française peut être possible grâce au financement et la réalisation de projets à l’étranger dès lors qu’ils contribuent au maintien des compétences, des capacités industrielles et de l’activité en France. L’exportation de biens ou de services nous a en effet permis de préserver des chantiers et des savoir-faire uniques tels que la construction navale ou aéronautique.

La parfaite illustration est le projet Sizewell C, au Royaume-Uni et pour lequel Sfil est le principal prêteur bancaire. Mais surtout, il mobilise plusieurs entreprises françaises (EDF, Framatome, Edvance et Arabelle Solutions) et doit générer environ 6 milliards d’euros de retombées économiques directes dans l’Hexagone, auxquelles s’ajouteront les retombées indirectes pour de nombreuses ETI et PME de la filière nucléaire.

Voici donc pourquoi le paradoxe n’est qu’apparent : financer un projet énergétique britannique peut contribuer à consolider une filière stratégique française.

Et c’est précisément l’un des rôles du crédit-export : permettre aux entreprises et industries françaises de concrétiser des contrats à l’export, et de maintenir des savoir-faire et des capacités de production dans la durée. La filière nucléaire n’est évidemment pas la seule concernée : la défense, les infrastructures, la mobilité le sont également.

Alors oui, le débat sur la souveraineté porte souvent sur ce qu’il faut produire, protéger ou conquérir. Mais c’est sans compter une condition sine-qua-non : être en mesure de la financer. Dans un monde instable et incertain, où les besoins en investissements progressent quand les ressources sont plus contraintes, la question n’est plus seulement de savoir dans quoi investir. Elle est de préserver la capacité collective à investir dans la durée. Être souverain, c’est aussi conserver les moyens de ses choix.


[1] “A la fin du deuxième trimestre 2026, le ratio de dette publique s’établit à 119% du PIB” ; Insee – 2026

[2] Décisions de politique monétaire ; Banque Centrale Européenne – 2026

[3] Résultats semestriels Sfil ; Sfil – 2026