2026

Réalisée avec Sfil, La Banque Postale, Intercommunalités de France et WWF-France, l’étude sur le financement de l’eau met en lumière un sous-investissement important dans le grand et petit cycles de l’eau. Julie Marcoff, responsable d’études financières à La Banque Postale, revient sur les enseignements de ces travaux et sur les leviers d’action possibles pour les collectivités.
Julie Marcoff : Cette étude est née d’une volonté commune avec Sfil de travailler sur le sujet de l’eau, en lien avec les solutions de financement proposées aux collectivités. Nous avons voulu y associer Intercommunalités de France, en première ligne sur ces sujets, et WWF-France pour enrichir la réflexion sur le grand cycle de l’eau. L’eau est déjà très étudiée, par des acteurs publics comme privés. Notre objectif n’était donc pas de refaire un constat déjà connu, mais d’apporter un éclairage local, avec une lecture du patrimoine, des besoins d’investissement et surtout une dimension prospective. L’enjeu est d’aider à objectiver le débat, mais aussi à permettre aux collectivités de mieux mesurer la situation.
J.M. : Pour le petit cycle, le principal besoin concerne le renouvellement d’infrastructures vieillissantes, notamment les réseaux. Il faut accélérer les investissements pour limiter les fuites, entretenir le patrimoine et répondre à de nouvelles obligations réglementaires. S’y ajoutent les enjeux liés au changement climatique et à l’augmentation des pollutions émergentes, qui exigent à la fois des actions préventives et curatives. Sur le grand cycle, les besoins sont moins documentés, mais ils sont tout aussi importants. Ils concernent la prévention des inondations, la gestion des milieux aquatiques et celle des eaux pluviales urbaines, qui passent notamment par la mise en place de solutions fondées sur la nature (reméandrage de cours d’eau, restauration de zones humides ou encore désimperméabilisation des sols). La difficulté tient aussi à la gouvernance, avec une multiplicité d’acteurs et des répartitions territoriales très inégales, ce qui complique les décisions et le financement.
J.M. : Le financement est indispensable, mais il ne suffit pas. Les collectivités ont d’abord besoin d’une meilleure lecture de leurs propres enjeux, car les besoins ne sont pas les mêmes selon qu’un territoire est en amont ou en aval, agricole ou industriel, exposé aux inondations ou à des problèmes de pollution. Elles ont aussi besoin d’ingénierie technique pour identifier les solutions les plus adaptées, qu’il s’agisse de prévention, de protection des captages ou de dépollution. Enfin, elles doivent disposer d’une visibilité suffisante sur leurs finances pour pouvoir se projeter et engager des investissements dans la durée. C’est aussi le rôle de cette étude : contribuer à la réflexion collective sur le modèle de financement de l’eau et sur les moyens d’agir.