2026

« Moins de brun, plus de vert !» I4CE poursuit sa réflexion sur le levier de la redirection des dépenses en faveur du climat

Pour atteindre la SNBC, les collectivités doivent augmenter leur part d’investissements vert

Après la publication en juillet 2025 de sa « Revue des dépenses défavorables au climat des collectivités locales », I4CE revient avec une nouvelle publication destinée à explorer le levier de la redirection des investissements, perçu comme l’une des clés de l’accélération de l’effort en faveur de la transition bas carbone.

Sfil finance les projets essentiels des collectivités, notamment ceux liés à la transition écologique. C’est pourquoi Sfil soutient l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) dans son programme de travail consacré aux collectivités locales. Elle relaye les publications, pour lesquelles elle participe au Comité de pilotage, qui nourrissent les débats des décideurs locaux.

Investir 19 milliards d’euros par an d’ici à 2030 : le défi des collectivités

Pour atteindre les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), les collectivités doivent aujourd’hui investir près de 19 milliards d’euros par an à horizon 2030. Soit le double des investissements climats actuels d’après le Panorama des financements climat des collectivités locales (I4CE, La Direction des études La Banque Postale, 2024). Pour relever ce défi, les collectivités locales peuvent actionner plusieurs leviers : le recours à l’emprunt, les ressources propres (fiscalité locale et trésorerie), les dotations et subventions de l’État et enfin, la redirection de leurs dépenses.  

Que signifie la « redirection » des dépenses défavorables pour I4CE ?

C’est à la fois une réduction des dépenses défavorables à l’atténuation du changement climatique et, de l’autre, une augmentation des investissements qui y sont favorables. Cette redirection repose sur trois mécanismes distincts, qui peuvent être mobilisés simultanément ou non par les collectivités :

  • la priorisation d’investissements climat dans les arbitrages budgétaires ;
  • le renoncement à certains projets jugés incompatibles avec les objectifs climatiques ;
  • la substitution progressive d’équipements carbonés par des alternatives décarbonées lorsque celles-ci sont disponibles.

Une dynamique de redirection favorisée par plusieurs facteurs

L’étude d’I4CE a mis en lumière deux phénomènes qui tendraient à montrer que les collectivités locales auraient déjà amorcé une dynamique de redirection des dépenses défavorables.

D’une part, depuis 2014, les dépenses d’investissements défavorables sont en recul de 25% en volume dans les budgets locaux (5,6 Mds€ en 2024), tandis que, d’autre part, les dépenses d’investissement climat ont progressé de 20 % en volume pour atteindre 8 Mds€ en 2024.

Pour mieux comprendre la dynamique observée, I4CE a menée plus d’une vingtaine d’entretiens avec des collectivités dont l’analyse montre que la redirection aurait résulté de la convergence de 4 facteurs :

  • budgétaire : une recherche d’efficacité budgétaire, dans un contexte de hausse des prix de l’énergie ;
  • réglementaire : un cadre réglementaire qui oriente les investissements en faveur du climat (Loi d’orientation des mobilités, décret tertiaire…), et des outils nouveaux tels que les annexes vertes (ou environnementales) ;
  • économique : des exigences environnementales des financeurs, tels que l’État avec des dotations dédiées et les banques avec des financements fléchés , incitant à prioriser certains projets climat ;
  • politique : le volontarisme politique des élus qui impulsent une nouvelle démarche dans leurs collectivités.

La redirection des investissements : un levier essentiel pour le climat mais insuffisant

Conformément à la Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3), les collectivités devraient réduire de 74% leurs investissements défavorables pour atteindre seulement 1,5 milliard d’euros de dépenses brunes en 2035. La redirection des dépenses défavorables constituerait donc un levier indispensable pour y contribuer tout en finançant les besoins d’investissements climat, nécessaires à la transition, d’autant qu’elles font face à de plus fortes contraintes budgétaires.

Selon I4CE, la diminution des dépenses d’investissement défavorables permettrait de dégager environ 3,6 milliards d’euros par an d’économies « directes » (baisse des investissements défavorables, baisse de la consommation d’énergie fossile…), mais aussi des économies « indirectes », non chiffrées dans l’étude, qui correspondent aux dépenses de fonctionnement et d’investissement évitées (ingénierie, entretien lourd, charges récurrentes).

En plus d’être nécessaires à la transition, cette réduction des dépenses défavorables constitue un vivier important permettant de financer les besoins d’investissement des collectivités dans la rénovation des bâtiments publics, l’électrification des équipements ou encore le développement d’infrastructure de mobilité.

Pour autant, I4CE souligne que ces économies, ou marges de manœuvre, restent théoriques et surtout largement inférieures à l’objectif de 19 milliards d’euros annuels nécessaires à horizon 2030. Pour faire face à ces besoins, il sera nécessaire d’actionner également les autres leviers, tels que le recours à l’emprunt, la mobilisation des ressources propres ou encore des subventions et dotations de l’Etat.

Les pistes d’actions pour favoriser la redirection des dépenses locales

Les entretiens qu’I4CE a mené avec un panel de collectivités locales ont permis de faire émerger trois pistes d’action :

  • mieux prendre en compte le climat dans les processus décisionnels : par exemple en s’appuyant sur les outils existants (annexes environnementales, démarche d’évaluation climat des budgets), en instaurant une revue annuelle des dépenses, des objectifs de réduction des dépenses défavorables… ;
  • mettre en place des mécanismes d’affectation des économies vers les investissements climat, afin d’améliorer l’acceptabilité des efforts en rendant visible la contrepartie positive (démarche intracting  déjà existante pour certaines collectivités) ;
  • garantir un cadre externe réglementaire et financier favorable à la redirection, avec le soutien des financeurs qui peuvent conditionner l’accès au financement au respect de critères climatiques.

En savoir plus sur la publication, rendez-vous sur le site d’I4CE