2026

En 2026, Sfil et le think tank La Fabrique de l’Exportation, dédié au commerce international, ont conclu un partenariat. L’objectif : contribuer aux travaux et alimenter les réflexions liées au commerce international. Alain Bentejac, Président de La Fabrique de l’Exportation, nous explique pourquoi commerce international et souveraineté doivent être considérées comme deux notions complémentaires.
Alain Bentejac : Les crises que nous avons connu depuis 2020 et les tensions géopolitiques ont révélé la fragilité de certaines chaînes d’approvisionnement, devenues très complexes. Les entreprises doivent désormais intégrer de nouveaux critères : assurer la sécurité des approvisionnements, la fiabilité des routes commerciales, diversifier les fournisseurs et des modes de transport. Ce n’est pour autant pas la fin du commerce international. Il s’agit au contraire de réduire les dépendances excessives. Mais ce changement a un coût et ne peut se faire en un claquement de doigt, notamment dans des secteurs critiques tels que les énergies fossiles, le gaz, les engrais, les matériaux rares qui sont particulièrement exposés. À l’inverse, la défense et les énergies renouvelables bénéficient de cette nouvelle demande de résilience. La souveraineté consiste donc moins à tout produire à l’échelle nationale qu’à identifier les dépendances critiques et à disposer de solutions alternatives, et en priorité à l’échelle européenne.
A.B. : Le commerce international souffre parfois d’une image négative, parce que le débat se concentre en premier lieu sur les emplois supprimés dans les secteurs exposés à la concurrence. Mais je pense qu’il s’agit là d’une vision incomplète. De nombreux secteurs français sont portés par les marchés internationaux, comme la défense, l’aéronautique, le luxe, les industries créatives et les services. Ces entreprises contribuent certes à notre rayonnement, mais surtout, elles emploient, innovent, développent. Ce qui est indispensable sur l’échiquier du commerce international. De plus, il faut aussi dépasser la seule lecture de la balance commerciale des biens : la France dispose de nombreux atouts[1] dans les services et ses entreprises sont fortement internationalisées. Exporter permet d’accéder à des marchés plus vastes que le seul marché national, qui ne permet pas aujourd’hui d’amortir les investissements et les coûts de recherche. Il suffit de regarder les exportations dans le domaine de la défense pour le comprendre. Enfin, l’ouverture à des marchés extérieurs favorise également la concurrence, l’innovation et l’attractivité des talents. La question n’est donc pas de choisir entre commerce et souveraineté, mais de trouver l’équilibre, et d’oser diversifier ses partenaires.
A.B. : Le premier levier est industriel : pour exporter, il faut disposer de produits et de services compétitifs. La souveraineté économique suppose donc de renforcer la production industrielle et agricole, la recherche, l’innovation et les compétences, tout en améliorant la compétitivité de l’économie française. Le soutien aux entreprises doit lui aussi être renforcé : la France dispose encore de marges de progrès dans ce domaine par rapport à certains voisins européens. Par ailleurs, la dimension européenne est essentielle, car la compétitivité française se joue d’abord au sein de l’Union européenne. Enfin, certains secteurs tels que l’énergie, le numérique et l’intelligence artificielle sont devenus stratégiques à l’échelle européenne. Chaque année, les talents de demain sont formés en France et au sein de l’Europe. Pourtant, la fuite des cerveaux n’a jamais été aussi importante ! Sans investissements dans la recherche, les infrastructures et les logiciels, il sera difficile de maintenir ces compétences sur nos territoires. Ce qui impactera directement notre capacité à produire, à exporter, et donc notre souveraineté.
[1] Source :« La compétitivité européenne vue sous le prisme de son commerce international » ; La Fabrique de l’Exportation – 2026