2026

« La transformation écologique n’est plus seulement un défi de financement : c’est aussi un défi d’articulation des priorités »

Par François Laugier, Directeur général adjoint

Pendant longtemps, le débat sur la transformation écologique s’est concentré sur la prise de conscience des enjeux et sur l’importance de mobiliser les financements nécessaires. Ces deux dimensions restent essentielles. Mais à mesure que les effets du changement climatique deviennent plus tangibles, et que les besoins d’investissement se précisent, une autre difficulté s’impose : hiérarchiser et concilier les priorités. Les collectivités locales sont au cœur de cette équation. Elles doivent à la fois, contribuer à la décarbonation de l’économie, adapter les territoires aux conséquences du changement climatique et maintenir des infrastructures indispensables au développement économique comme à la cohésion sociale, dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes.


La question de la gestion et du financement de l’eau en France constitue à cet égard un véritable cas d’école. Ressource essentielle à la vie, l’eau est indispensable à la santé et au bien-être des populations, mais aussi au fonctionnement de nombreuses activités économiques, de l’agriculture à l’industrie, ainsi qu’au maintien des écosystèmes. Selon le WWF-France [1],, la valeur économique quantifiable totale des usages de l’eau en 2021 est équivalente à environ 58 000 milliards de dollars, soit 60 % du PIB mondial cette même année. D’après ses estimations, d’ici 2050, près de 46 % du PIB mondial pourrait être généré dans des régions exposées à un risque hydrique élevé, contre environ 10 % aujourd’hui. Cette évolution illustre à quel point la disponibilité et la qualité de la ressource en eau constituent désormais un enjeu économique, social et environnemental majeur. Pourtant, sous l’effet combiné du changement climatique, de l’évolution des usages et du vieillissement des infrastructures, sa gestion devient chaque année plus complexe.

L’étude sur le financement de la politique de l’eau que nous avons publiée ce mois-ci, en partenariat avec le WWF, Intercommunalités de France et La Banque Postale, intitulée « La gestion de l’eau, un long fleuve pas si tranquille pour les collectivités locales [2] », met en évidence cette réalité et l’ampleur des investissements à engager. Entre le renouvellement des infrastructures, l’amélioration de la qualité des milieux aquatiques, l’adaptation au changement climatique et le respect de normes environnementales plus exigeantes, les besoins se multiplient. Mais l’eau n’est pas la seule priorité à laquelle les collectivités territoriales doivent répondre. Ces investissements s’inscrivent dans un ensemble plus large d’enjeux liés à la transformation écologique, rendant les choix d’allocation des ressources toujours plus complexes.

Chez Sfil, nous sommes convaincus que la transformation écologique se construit d’abord à l’échelle des territoires. Si les objectifs sont nationaux, voire mondiaux, leur traduction concrète dépend des réalités locales. Qu’il s’agisse de projets de mise en conformité des réseaux d’assainissement, dans le cadre du programme « Marne Propre » porté par l’établissement public territorial Grand Paris Grand Est, ou de travaux de prévention des inondations pour la Communauté d’Agglomération du Libournais, nous accompagnons les collectivités dans la réalisation de projets adaptés à leurs besoins. Depuis la mise en place de son dispositif d’offre de prêts verts en 2019 en partenariat avec La Banque Postale, Sfil a accordé un peu plus de 800 prêts en faveur de la gestion durable de l’eau et de l’assainissement, pour un montant proche de 2 milliards d’euros.

Le changement climatique : un défi de financement, mais aussi de priorisation

Cette réalité est d’autant plus marquée que les effets du changement climatique s’intensifient. Selon le service européen Copernicus [3], le mois de mai 2026 a été le deuxième mois de mai le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale, avec une température supérieure de 1,42 °C à la moyenne de l’ère préindustrielle. Face à cette réalité, les investissements consacrés au climat ont fortement progressé. En France, les investissements climat sont passés de 62 à 103 milliards d’euros entre 2011 et 2025 [4], tandis que les investissements climatiques des collectivités ont atteint 8 milliards d’euros en 2023.

Cette dynamique est indispensable. Mais la multiplication des besoins d’investissement, aussi bien en matière d’atténuation — qu’il s’agisse de la rénovation énergétique des bâtiments, de la décarbonation des mobilités ou de la production d’énergies bas-carbone — que d’adaptation au changement climatique, impose désormais de mieux articuler les priorités et de rechercher le meilleur impact possible pour chaque euro engagé.

Ainsi, le véritable enjeu n’est pas de choisir entre climat, biodiversité, eau ou résilience des infrastructures. Ces défis sont étroitement liés et les besoins d’investissement sont désormais bien identifiés.  En revanche, leur hiérarchisation et leur articulation demeurent souvent insuffisantes. La réussite de la transformation écologique dépendra de notre capacité à dépasser une logique de juxtaposition des projets pour construire de véritables trajectoires d’investissement, cohérentes avec les réalités locales et capables de produire des bénéfices durables sur plusieurs dimensions à la fois. C’est à cette condition que les investissements engagés pourront pleinement répondre aux défis auxquels les territoires sont confrontés.


Sources :

[1] WWF, La valeur des usages de l’eau est estimée à 60% du PIB mondial selon un nouveau rapport du WWF – octobre 2023 : https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/la-valeur-des-usages-de-leau-est-estimee-a-60-du-pib-mondial-selon-un-nouveau-rapport-du-wwf

[2] La Banque Postale & Sfil, La gestion de l’eau, un long fleuve pas si tranquille pour les collectivités – juin 2026 : https://sfil.fr/wp-content/uploads/2026/06/etude_gestion_eau-10062026.pdf

[3] The Copernicus Programme – juin 2026 : https://climate.copernicus.eu/surface-air-temperature-may-2026

[4] I4CE – Panorama des financements climat – juillet 2025 : https://www.i4ce.org/wp-content/uploads/2025/07/Panorama-des-financements-climat-Edition-2025_.pdf